09 septembre 2007

Richelieu, la puissance de gouverner

Arnaud Teyssier, normalien (lettré) et énarque, professeur à Paris I, président de l’association des anciens élèves de l’ENA, nous livre un petit essai vivifiant (merci au Canard Enchaîné de nous l’avoir signalé) :
Richelieu, la puissance de gouverner (Editions Michalon, mai 2007, 117 pages, 10€)
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Ceux que l’histoire intéresse (personnellement, je ne connais pas beaucoup cette période du XVII° siècle), mais aussi ceux que la politique intéresse savoureront le livre. La base historique en est en effet prétexte à brosser une vision politique de l’auteur jusqu’à nos jours, de Richelieu à Napoléon puis de Gaulle, qui tous ont eu « la puissance de gouverner, […] cette lutte permanente qui restitue un peu d’espérance » à nos concitoyens.

Quelques extraits choisis, Richelieu (et ses successeurs Napoléon et De Gaulle), à mettre en perspective avec nos dirigeants plus récents :

« Mimer l’exercice du pouvoir, faire semblant de gouverner en laissant libre champ aux multiples petits despotismes, aux minuscules dictatures empiriques qui s’emparent de la société, c’est accepter et subir […] »
« Le gouvernement est une réalité active, le bien public ne saurait naître d’une quelconque concurrence entre des puissances parallèles que le pouvoir se contenterait d’arbitrer ou de "gérer"»

L’auteur pourfend à juste titre la cohabitation au sens politique (« pouvoir contre nature »), mais aussi les cohabitations avec les lobbies :

« Tout se passe comme si une cohabitation d’un type nouveau se dessinait, qui ne serait autre que la cohabitation « du » pouvoir avec une multitude d’autres pouvoirs qui ne sont à aucun degré hiérarchisés »
« les pouvoirs gouvernementaux se sont vidés de toute substance au fil d’épreuves de force sociales ou politiques qu’ils ont perdues avec d’autant plus de constance qu’ils n’ont même pas cherché sérieusement ni durablement l’affrontement ».


Les vingt dernières pages constituent un pamphlet très brillant qui donne à réfléchir sur les dirigeants passés de la V° République, et sera sans doute une bonne base de réflexion pour le pouvoir actuel :

« Soucieux de ne pas reproduire l’erreur de Napoléon, qui avait concentré toute la force  du pouvoir dans l’administration, le fondateur de la V° république s’est attaché à donner à son pays des institutions politiques suffisamment fortes pour former un véritable système »
« On fabrique de nouvelles lois pour ne pas appliquer celles qui existent ; on utilise collaborateurs et cabinets, moins, comme jadis, pour transmettre des impulsions, que pour amortir les chocs et se protéger des décisions à prendre ; on ne parle que de dialogue, de réforme et de concertation, mais jamais, en définitive, on ne tranche, l’essentiel étant de ne plus jamais connaître cette horreur absolue, cette terreur des politiques modernes : décider. Le discours sur la méthode, désormais interminable et sans fin, s’est substitué à l’action, qu’il devrait pourtant inspirer. »
L’auteur, citant Rosanvallon, « dans notre système où toute forme de décision a été évacuée, le tribunal est le dernier lieu où il existe, a contrario, une obligation de décider – propos qui éclaire avec force et simplicité la montée en puissance du juge dans notre société »
« François Mitterrand a lancé, à travers la décentralisation, un mouvement d’une force extrême qui l’a ensuite dépassé et dont les dirigeants de la droite française, qu’ils fussent survivants du gaullisme ou ses vieux adversaires, n’ont pour la plupart vu ni voulu voir la puissance dévastatrice ».
 
Je crois qu'en effet on n'a pas fini d'analyser les conséquences néfastes de la décentralisation mitterrandienne 

Commentaires

Je vous rends votre visite.
Je n'ai pas l'outrecuidance de penser rivaliser avec des écrivains et d'ailleurs, je ne fais d'écrits vains, du moins l'esperè-je.
Je n'ai pas envie de lire le bouquin de Wolff sur sa justification de sa barbarie. ça me débecte trop. De même, je n'aime pas lire le Céline antisémite et préfère ses autres textes.
La jouissance du serial killer n'a pas d'alibi. et puisque le pouvoir semble vous intéresser, sachez que l'utiliser pour donner du poids à sa barbarie est à mes yeux immonde.

Ecrit par : jojo | 15 septembre 2007

PS:
Je rajoute que j'adhere à cette phrase de Richelieu, justement au sujet de la tauromachie qui n'est jamais qu'un passe droit.: « Mimer l’exercice du pouvoir, faire semblant de gouverner en laissant libre champ aux multiples petits despotismes, aux minuscules dictatures empiriques qui s’emparent de la société, c’est accepter et subir […] »

Ecrit par : jojo | 15 septembre 2007

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