27 septembre 2007

Astrée et Céladon vs. Conseil Général de la Loire

832477b8877c167c191ac3fc26979903.jpgCette fois-ci, je me range sans hésiter du côté du monde de la culture. J'ai lu une information hallucinante, à savoir que le président du Conseil Général de la Loire (P. Clément garde des sceaux sortant dont on se rappelle la marque qu'il a laissée place Vendôme) attaque en justice le cinéaste Eric Rohmer, car son film Les amours d'Astrée et de Céladon présente un avertissement indiquant que les scènes n'ont pu être tournées dans le Forez, patrie d'Honoré d'Urfé, car cette région avait été défigurée. Quelques remarques là-dessus:

  • M. Clément, ancien garde des Sceaux, ancien président de la commission des Lois à l'Assemblée, est procédurier.
  • J'ai vu ce beau film et n'ai pas fait attention à l'avertissement.
  • Si Rohmer indique cela, même si c'est maladroit, c'est qu'il doit y avoir une part de vérité !
  • enfin, la presse précise que plusieurs maires socialistes se sont rangés du côté du Conseil général : je me méfie toujours de cette "union sacrée" droite-gauche cela correspond généralement à un nivellement de la pensée par le bas. 

10 septembre 2007

Polémique belfortaine (suite)

Le Monde de ce lundi soir, toujours bien inspiré, nous livre, quatre jours après son premier article, un autre article (?) sur cette tempête dans un verre d'eau, comme si c'était une information qui méritait de figurer à deux reprises dans un grand quotidien. Où l'on retrouve Ariane Mnouchkine, déjà à l'honneur dans un précédent billet de ce blog, applaudir des deux mains dans son blog le lamentable édito du cultureux (elle est finalement sortie du silence qu'elle observait depuis le 29 mai sur son blog !). Où bien sûr tout est de la faute du député UMP local qui a découvert le pot-aux-roses ! (lire le nouvel article Le Monde du 11 septembre Albanel-Belfort-suite.pdf)

09 septembre 2007

Richelieu, la puissance de gouverner

Arnaud Teyssier, normalien (lettré) et énarque, professeur à Paris I, président de l’association des anciens élèves de l’ENA, nous livre un petit essai vivifiant (merci au Canard Enchaîné de nous l’avoir signalé) :
Richelieu, la puissance de gouverner (Editions Michalon, mai 2007, 117 pages, 10€)
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Ceux que l’histoire intéresse (personnellement, je ne connais pas beaucoup cette période du XVII° siècle), mais aussi ceux que la politique intéresse savoureront le livre. La base historique en est en effet prétexte à brosser une vision politique de l’auteur jusqu’à nos jours, de Richelieu à Napoléon puis de Gaulle, qui tous ont eu « la puissance de gouverner, […] cette lutte permanente qui restitue un peu d’espérance » à nos concitoyens.

Quelques extraits choisis, Richelieu (et ses successeurs Napoléon et De Gaulle), à mettre en perspective avec nos dirigeants plus récents :

« Mimer l’exercice du pouvoir, faire semblant de gouverner en laissant libre champ aux multiples petits despotismes, aux minuscules dictatures empiriques qui s’emparent de la société, c’est accepter et subir […] »
« Le gouvernement est une réalité active, le bien public ne saurait naître d’une quelconque concurrence entre des puissances parallèles que le pouvoir se contenterait d’arbitrer ou de "gérer"»

L’auteur pourfend à juste titre la cohabitation au sens politique (« pouvoir contre nature »), mais aussi les cohabitations avec les lobbies :

« Tout se passe comme si une cohabitation d’un type nouveau se dessinait, qui ne serait autre que la cohabitation « du » pouvoir avec une multitude d’autres pouvoirs qui ne sont à aucun degré hiérarchisés »
« les pouvoirs gouvernementaux se sont vidés de toute substance au fil d’épreuves de force sociales ou politiques qu’ils ont perdues avec d’autant plus de constance qu’ils n’ont même pas cherché sérieusement ni durablement l’affrontement ».


Les vingt dernières pages constituent un pamphlet très brillant qui donne à réfléchir sur les dirigeants passés de la V° République, et sera sans doute une bonne base de réflexion pour le pouvoir actuel :

« Soucieux de ne pas reproduire l’erreur de Napoléon, qui avait concentré toute la force  du pouvoir dans l’administration, le fondateur de la V° république s’est attaché à donner à son pays des institutions politiques suffisamment fortes pour former un véritable système »
« On fabrique de nouvelles lois pour ne pas appliquer celles qui existent ; on utilise collaborateurs et cabinets, moins, comme jadis, pour transmettre des impulsions, que pour amortir les chocs et se protéger des décisions à prendre ; on ne parle que de dialogue, de réforme et de concertation, mais jamais, en définitive, on ne tranche, l’essentiel étant de ne plus jamais connaître cette horreur absolue, cette terreur des politiques modernes : décider. Le discours sur la méthode, désormais interminable et sans fin, s’est substitué à l’action, qu’il devrait pourtant inspirer. »
L’auteur, citant Rosanvallon, « dans notre système où toute forme de décision a été évacuée, le tribunal est le dernier lieu où il existe, a contrario, une obligation de décider – propos qui éclaire avec force et simplicité la montée en puissance du juge dans notre société »
« François Mitterrand a lancé, à travers la décentralisation, un mouvement d’une force extrême qui l’a ensuite dépassé et dont les dirigeants de la droite française, qu’ils fussent survivants du gaullisme ou ses vieux adversaires, n’ont pour la plupart vu ni voulu voir la puissance dévastatrice ».
 
Je crois qu'en effet on n'a pas fini d'analyser les conséquences néfastes de la décentralisation mitterrandienne 

05 septembre 2007

Polémique belfortaine

Etonnant, en effet, que dans la brochure de présentation des programmes d'un théâtre (subventionné ou non), on fasse de la politique de cette manière-là : voir article du Monde du 6 septembre ("Mme Albanel choquée par un édito belfortain"Albanel-Belfort.pdf). Les réactions de MM. Taquet et Péduzzi sont, elles, hallucinantes.

29 août 2007

Quand les élus prolongent leurs mandats

On développera dans ce blog un certain nombre de billets relatifs au Sénat, institution qui bat de l'aile, coûte cher à la République, et dont on peut se demander avec De Gaulle quelle est l'utilité.

On a retrouvé un débat intéressant du quatrième trimestre 2005, malheureusement trop vite enterré. Des députés UMP jugeaient, à juste titre, inconvenante la prorogation d'un an de leur mandat que se sont octroyée les sénateurs :

  • les sénateurs élus en 1998, qui étaient renouvelables en 2007, ont vu leur mandat prorogé d'un an  comme les conseils municipaux, sous le fallacieux prétexte qu'il ne fallait pas trop d'élections en 2007 ! La France est le seul pays démocratique où les élus s'autovotent un eprolongation de leur mandat. Par ailleurs, on ne voit pas pourquoi nos concitoyens ne seraient pas capables de voter pour plusieurs scrutions à la fois, comme cela se fait dans de nombreux pays européens.
  • mais en plus, les sénateurs ont appliqué cela à l'ensemble de leurs mandats, ce qui n'était absolument pas nécessaire (à supposer que pour les mandats de 1998 ce le fût): les sénateurs élus trois ans plus tard en 2001 sont prolongés jusqu'en 2011, les sénateurs élus en 2004 sont prolongés jusqu'en 2014!
A l'époque, un député UMP courageux, Jean-Luc Warsmann (Ardennes) avait pris la tête de cette fronde contre le Sénat (voir Warsmann-Sénat-10 ans.doc article du Monde du 28 octobre 2005). La consigne était venue d'en haut, Chirac et Villepin, "Touche pas à mon sénateur!" (voir Warsmann-Sénat-10 ans-fin.doc du Monde du 5 décembre 2005. Pas de vagues. Jamais de vagues avec le Sénat.